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Trop ou pas assez ?

 

Cette question fait partie du quotidien de l’écrivain.


Il achève son paragraphe, avec le visage
radieux du jardinier qui vient de semer un carré de salade, et soudain, le
doute : trop ou pas assez ?

Il se gratte la tête, se masse le menton, fronce les sourcils, grimace… et toujours comme le jardinier qui se demande s’il a semé trop ou pas assez de graines, il s’interroge : en ai-je trop écrit ou pas assez.

Cette question, il se la pose bien sûr par rapport au lecteur. Sinon, l’écrivain, lui, en écrirait beaucoup plus, des pages, des ramettes entières (il est graphomane par nature). Mais pour le lecteur, lire, c’est nourrir son imaginaire ; trop alimenté, c’est l’indigestion, pas assez, c’est l’anémie. Où faut-il s’arrêter ? Faut-il décrire un peu plus ce lieu ou laisser le lecteur se créer l’image qu’il raccrochera à quelques souvenirs ? Est-ce nécessaire de donner une description plus précise de ce personnage, au risque d’interdire au lecteur de s’imaginer le visage qui lui convient ?...

Cet imaginaire, il faut pourtant bien l’amorcer, sinon, il suffirait d’écrire deux ou trois mots et de laisser le reste de la page blanche.

Trop ou pas assez.

L’écriture est un jeu entre l’écrivain et le lecteur. S’ils parviennent à se compléter, le moment sera magique, sinon, le rendez-vous sera manqué.

Seul problème, le lecteur n’est pas à côté de l’écrivain pour le guider. Quand ses yeux déchiffreront les lettres bien alignées, il sera trop tard pour modifier quoi que ce soit.

L’écrivain aura terminé son paragraphe et il n’aura plus qu’à croiser les doigts pour que ce ne soit ni trop, ni pas assez.

On parle souvent de l’imagination nécessaire aux créateurs, et pas assez de l’imagination créatrice du lecteur. L’imaginaire de ce dernier est certainement le pire et le meilleur allié de l’écrivain. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter des enfants à la sortie d’une salle de cinéma après la projection d’un dessin animé adapté d’un roman ou d’un BD qu’ils ont lu. Il y en a toujours un pour dire : « C’était pas la même voix que dans le livre ».

Quelle voix ?

La voix de l’imagination ? Celle qu’on utilise parfois trop, ou parfois pas assez ?

 

Tag(s) : #L'écriture

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