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Dimanche 27 avril 2008

  On entend parfois des mots qui décrivent exactement ce que nous pensons. J’ai eu cette impression en écoutant les propos d'Hervé Jubin, que je ne connais pas par ailleurs, sur France Inter (Rue des entrepreneurs du 26 avril). Je vous en livre les extraits qui m’ont le plus marqués :

  "Nous sommes quelque part en train de réduire notre planète à un temps, une histoire et une géographie unique. Et c’est la première fois. J’ai commencé à voyager dans le monde voici 20 ou 30 ans, vous aviez l’impression non seulement de parcourir des milliers de kilomètres, mais de parcourir aussi des siècles dans l’histoire. Vous aviez l’impression qu’on bout de la route, au bout du voyage, il y avait des gens qui vivaient dans un autre temps, dans une autre histoire. Et je ne suis surtout pas en train de dire qu’ils étaient malheureux, pauvres et misérables. Ils étaient dans un monde diffèrent.

Ce qui a été réalisé avec beaucoup de succès, mais avec une incroyable violence, c’est l’arrachement de ces populations à leur monde, pour les faire entrer dans le nôtre. Et ça, c’est moins l’effet de la violence économique que l’effet des représentations, c’est l’effet du téléphone cellulaire, c’est l’effet de la télévision 24h/24h qui a propulsé dans le monde entier les mêmes représentations du monde heureux, le monde européen, le monde américain. Il n’y a pas un pêcheur au bord de son océan isolé, il n’y a pas un paysan dans sa rizière qui ne rêve pas de posséder un 4X4, d’avoir l’air climatisé et de vivre comme à Los Angeles.

 

Ca, c’est l’incroyable violence de l’entrée dans un monde unique, dans un temps unique.

(…) Nous devrions nous poser quelques questions sur l’extraordinaire responsabilité que nous avons prise. Le totalitarisme du développement, ça a été ça (…) Développez-vous comme nous, suivez notre chemin industriel, faites des investissements, construisez des usines, quittez les campagnes pour vous embaucher dans la grande entreprise, et vous allez connaître notre mode de vie.

Ce qui me paraît manifeste aujourd’hui, c’est l’incroyable violence avec laquelle nous avons imposé, avec laquelle l’occident a imposé des modèles, à ceux qui ne le voulaient pas, voire qui voulaient s’en protéger. Je continue d’être extrêmement frappé et choqué par la violence avec laquelle, sous les meilleures intentions du monde, des organisations non-gouvernementale qui servent le développement, des institutions charitables qui prétendent servir le développement, font sortir des populations d’une conscience heureuse d’elle-même, qui vivent probablement dans ce qui pour nous est une grande pauvreté, mais avec une très grande estime d’elle-même, dans la sûreté de ce qu’elles sont et dans la sûreté de leur devenir, pour en faire quelque part du sous-prolétariat urbain, des miséreux entassés sur les trottoirs des grandes villes. Vous le voyez à Bombay comme vous le voyez dans les grandes métropoles africaines, comme vous le voyez dans combien des grandes métropoles asiatiques ? Là, il y a une responsabilité d’un modèle d’industrialisation de l’agriculture (...), l’industrialisation de la pêche qui prive des millions de pêcheurs côtiers des moyens de tirer une existence, certes pauvre, mais raisonnable et certaine, de leurs outils de travail qu’est la mer… Le modèle de l’industrialisation forcée est un modèle de la misère, et c’est quelque part un modèle de la dépossession de soi (…). Je pense que quand on a perdu toute identité de respect de soi, on est probablement plus pauvre que les plus pauvres.

Nous ne sommes pas au bord de l’échec de notre système et de notre modèle, ce qui nous pose problème, c’est sa trop grande réussite !"

  Voilà. Je retrouve dans ces propos beaucoup d'impressions de retours de voyages, et beaucoup de questionnements qui m'ont accompagnés dans l'écriture de mes livres, comme "Moi, Félix, sans papiers" ou "L'enfant des rues".


par Marc Cantin publié dans : Ecrire et réfléchir
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Mardi 1 avril 2008

Trop ou pas assez ?

 

Cette question fait partie du quotidien de l’écrivain.


Il achève son paragraphe, avec le visage
radieux du jardinier qui vient de semer un carré de salade, et soudain, le
doute : trop ou pas assez ?

Il se gratte la tête, se masse le menton, fronce les sourcils, grimace… et toujours comme le jardinier qui se demande s’il a semé trop ou pas assez de graines, il s’interroge : en ai-je trop écrit ou pas assez.

Cette question, il se la pose bien sûr par rapport au lecteur. Sinon, l’écrivain, lui, en écrirait beaucoup plus, des pages, des ramettes entières (il est graphomane par nature). Mais pour le lecteur, lire, c’est nourrir son imaginaire ; trop alimenté, c’est l’indigestion, pas assez, c’est l’anémie. Où faut-il s’arrêter ? Faut-il décrire un peu plus ce lieu ou laisser le lecteur se créer l’image qu’il raccrochera à quelques souvenirs ? Est-ce nécessaire de donner une description plus précise de ce personnage, au risque d’interdire au lecteur de s’imaginer le visage qui lui convient ?...

Cet imaginaire, il faut pourtant bien l’amorcer, sinon, il suffirait d’écrire deux ou trois mots et de laisser le reste de la page blanche.

Trop ou pas assez.

L’écriture est un jeu entre l’écrivain et le lecteur. S’ils parviennent à se compléter, le moment sera magique, sinon, le rendez-vous sera manqué.

Seul problème, le lecteur n’est pas à côté de l’écrivain pour le guider. Quand ses yeux déchiffreront les lettres bien alignées, il sera trop tard pour modifier quoi que ce soit.

L’écrivain aura terminé son paragraphe et il n’aura plus qu’à croiser les doigts pour que ce ne soit ni trop, ni pas assez.

On parle souvent de l’imagination nécessaire aux créateurs, et pas assez de l’imagination créatrice du lecteur. L’imaginaire de ce dernier est certainement le pire et le meilleur allié de l’écrivain. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter des enfants à la sortie d’une salle de cinéma après la projection d’un dessin animé adapté d’un roman ou d’un BD qu’ils ont lu. Il y en a toujours un pour dire : « C’était pas la même voix que dans le livre ».

Quelle voix ?

La voix de l’imagination ? Celle qu’on utilise parfois trop, ou parfois pas assez ?

 

par Marc Cantin publié dans : Ecrire et réfléchir
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Mercredi 28 février 2007
C'est écrit :

Le Monde - 27 février 2007

"Nicolas Sarkozy dément avoir bénéficié d'un rabais sur son appartement"

par Marc Cantin publié dans : Ecrire et réfléchir
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Jeudi 22 février 2007
C'est écrit (Ouest-France - 22 février 2007) :

"Cinq ans de captivité pour Ingrid Betancourt"

... et aussi pour pas mal d'autres otages en Colombie :
par Marc Cantin publié dans : Ecrire et réfléchir
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