L'écriture

Jeudi 1 octobre 2009
  Comme promis, voici donc toute la vérité sur Isabel ! Cette ravissante personne est aussi mon épouse et, il y a déjà quelque temps, nous avons décidé de travailler ensemble. À l'époque, je cherchais un collaborateur pour m'aider dans la préparation à l'écriture, pour les romans et les scénarii BD. Mais travailler avec quelqu'un, ce n'est pas simple, et je me suis vite rendu compte que j'allais avoir beaucoup de mal à trouver la perle rare ! Alors, Isabel a commencé à me donner un coup de main de temps en temps...



  Elle a rapidement pris goût à la littérature jeunesse, et comme elle doit être la seule personne sur Terre capable de supporter mon caractère, j'ai tout fait pour la garder ! Elle a donc fini par abandonner son travail d'institutrice pour écrire chaque jour à mes côtés.

Bon, là, je la soupçonne d'avoir rangé son bureau car elle savait que j'allais la prendre en photo.

  Bien entendu, il a fallu s'organiser, et se répartir le travail...
  Pour faire simple, Isabel s'occupe de "l'avant" et de "l'après" écriture. Elle rassemble et trie la documentation, élabore les synopsis puis les plans (le détail de chaque chapitre), en prenant en compte les besoins des illustrateurs en fonction de la forme finale du livre. Et, après ma première écriture, elle commence les corrections.  Elle est donc ma toute première lectrice !

Isabel en pleine séance de "raturage" sur mon manuscrit !

  Elle s'arme donc d'un feutre et souligne tout ce qui lui parait incohérent, mal écrit, répétitif, trop lent, trop bavard... Elle est redoutable ! Mais elle propose aussi des solutions pour corriger ces imperfections. Puis, elle me redonne une nouvelle version du manuscrit que je corrige à mon tour sur le même principe. Et je le lui repasse...
  Ce "petit jeu" peut durer plusieurs jours, ou plusieurs semaines, jusqu'au moment où nous sommes tous les deux satisfaits du texte.
  Nous terminons parfois par une lecture à haute voix avant de remettre le manuscrit à l'éditeur.

Ah ! J'ai quand même réussi à trouver un peu de bazar sur le bureau d'Isabel. La tasse rouge, c'est pour le café, l'autre, c'est pour le thé !

  Pour les BD, c'est un peu différent. Isabel recherche les idées et les rédige. J'apporte les miennes, nous en discutons et nous retenons ce qui nous semble le meilleur. Je crayonne alors les cases pour les dessinateurs. La mise en scène est donc effectuée en grande partie au moment de ces crayonnés. Mais nous retravaillons ensuite à tour de rôle les dialogues pour optimiser le rapport "texte-image".

  Voilà, cette fois, vous connaissez une bonne partie de nos "recettes" ! Et si vous souhaitez en savoir davantage sur Isabel, vous pouvez lire son interview à cette page.

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Mardi 21 juillet 2009
J'ai répondu à une petite interview pour le site Hachette.
Si vous voulez des infos sur "Messages 1 - Je suis ton secret", c'est par ici :

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Samedi 11 avril 2009


"Est-ce difficile d'écrire des livres ?"


Voilà une question qui revient (très) souvent. On me la pose, on me la repose, et j'ai toujours un peu de mal à y répondre.


  Si vous demandez à un boulanger s'il est difficile de faire du pain, il y a de grandes chances qu'il vous réponde : "Non ! Il faut juste de la farine et de l'eau !".

Je serais donc tenté de répondre à mon tour : "Dur d'être écrivain ? Non ! Il faut juste un crayon et du papier, (ou un vieil ordinateur)."

Mais ce qu'on sait faire au bout de plusieurs années de pratique nous semble évidemment toujours facile, et il n'est pas aisé de se mettre à la place de celui qui n'a pas encore essayé.

  Bon, la principale différence, selon moi, entre le boulanger et l'écrivain, c'est qu'on demande au premier d'être capable de faire et refaire ce qu'on a aimé. Tous les matins, on veut cette même baguette craquante qui nous permet de bien commencer la journée. L'écrivain, lui, on ne lui demande surtout d'écrire toujours la même histoire ! On en veut des nouvelles, toujours et encore !

Alors, ce qui est peut-être difficile dans l'écriture, c'est de trouver des idées.

Mais, personnellement, je ne ressens pas cette difficulté : j'ai plus d'idées que je ne peux en écrire, et c'est souvent très frustrant d'en laisser une bonne moitié dans mes tiroirs !


  Il y a aussi un piège auquel je pense : on imagine souvent qu'écrire, c'est attendre l'inspiration, et hop ! quand elle est là, les mots s'enchaînent. Je n'ai jamais cru à cette légende ! Écrire, c'est avant tout s'organiser. Pas de pain sans recette, par de maison sans plan... l'écrivain aussi doit avoir le sien !

Écrire une histoire sans en connaître la fin est, selon moi, une aberration.

L'auteur doit savoir tout ce qui va se passer, équilibrer les chapitres, les scènes d'actions et les passages plus lents, créer le suspense, mesurer la place prise par chaque personnage... C'est un travail de préparation parfois fastidieux, mais aussi très intéressant. C'est là que se construit véritablement le roman ou l'album, ou la BD. Peu importe le support. Tous les changements sont encore possibles, et c'est dans ce plan que va naître la structure du récit... et ce squelette doit être solide pour pouvoir ensuite être correctement habillé.

L'écriture ne sera alors que la dernière touche. On se consacrera uniquement à la forme, à l'esthétisme, à l'efficacité, au profit de cette histoire déjà bâtie.


  Alors, bien sûr, si ce travail préparatoire n'a pas été correctement effectué, écrire un livre peut devenir très, très difficile. Changer son scénario quand on a déjà écrit 56 pages et qu'on s'aperçoit qu'on tourne en rond... ce n'est pas simple !

 

  En conclusion, je dirais donc que si on prend les choses par le bon bout, écrire un livre est une activité accessible... tout en souhaitant beaucoup de courage à ceux qui veulent se lancer dans l'aventure (C'est une réponse de Breton piquée à un Normand ) !


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Mardi 28 octobre 2008
Pourquoi j'écris ?

  Je ne réfléchis pas beaucoup à cette question. Je veux dire, le matin, je me lève, j'avale un café, j'allume mon ordinateur et je me mets au travail. Je retrouve le plaisir d'écrire, abandonné la veille (même si ce n'est pas toujours simple).
Mais, parfois, on me pose des questions sur mon travail écrivain. Alors, forcément, je me creuse un peu les méningues, et ça donne ça :

  En tant qu’auteur français dit « de souche », quelle contribution votre voix apporte-t-elle à celles d’auteurs qui ont connu eux-mêmes ou reçu en héritage l’immigration ou l’exil ?

  À mon avis, c'est plus une histoire de sensibilité que d'origine. L'expérience est importante, mais la capacité à se mettre à la place des autres est aussi indispensable. Certaines personnes possèdent un héritage multiculturel mais sont tellement égocentriques et tournées vers leur réussite qu'elles sont incapables de partager cet héritage, et de le faire évoluer positivement.
   Avoir une démarche multiculturelle, c'est avant tout s'ouvrir aux autres, se mettre en position d'écoute.
   Selon moi, plus que le bagage culturel en lui-même, c'est l'intention qui compte, et la réflexion qui s'engage au contact des autres.
En clair, je ne me sens pas moins bien placé qu'un clandestin pour parler des sans-papiers, à partir du moment où j'ai la démarche sincère d'écouter, de partager, d'accepter d'autres idées, de remettre en question les clichés qui m'envahissent (comme tout le monde)... bref, à partir du moment où je n'abuse pas de ma capacité à écrire pour "produire" des romans destinés à me donner une image, et seulement une image, d'écrivain sensible aux difficultés des autres.

  Ressentez-vous le fait de dénoncer des problèmes sociaux ou de montrer la réalité sociale comme un devoir ? Le faites-vous par souci de réalisme, par didactisme ?

   Certains auteurs parlent d'eux-même. C'est souvent le cas en littérature adulte. Personnellement, j'écris pour parler des autres, pour leur dire ce que je perçois d'eux. Une sorte de miroir des gens et des sociétés. C'est ma façon d'écrire. Me mettre au service de la parole des autres (dans de réels recueils de témoignages comme "L'enfant des rues" ou "Les gamins des Andes") est un bonheur profond.

  Je ne me sens pas en mal de fiction dans ces moments-là. La fiction, qui m'appartient davantage, est également un vrai plaisir, mais je dois la nourrir de la vie des autres. Je ne reproduis pas alors des évènements auxquels j'ai assistés, mais je garde l'essence de certaines rencontres, des émotions partagées, de mes étonnements, des amitiés, des échanges.
   L'image du miroir, pour définir ma démarche, me semble juste.
  Mes histoires, réalistes ou fantastiques, cherchent à être le reflet du monde qui m'entoure, et je fais le nécessaire, à travers mes rencontres et mes voyages, pour que cet univers soit le plus multiculturel, et donc le plus riche possible. Je me situe donc peut-être plus dans une démarche de montrer la réalité sociale.
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Lundi 6 octobre 2008
Suis-je un écrivain multiculturaliste ?

... C'est, en gros, ce que m'a demandé un rechercheur américain qui étudie la question du multiculturalisme dans la littérature jeunesse. Du coup, j'ai réfléchi un peu plus en détail au sens de mon écriture. je vous livre une de ses questions (il m'en a déjà posées plus d'une vingtaine !) et ma réponse :


Y a-t-il, d’après vous, en France, un intérêt plus grand pour les personnages étrangers évoluant hors de France, comme Nitou l’Indien, que pour les personnages « autres » évoluant dans un cadre français ?

   Certainement davantage qu'il y a quelques années. "Demain, je serai africain", par exemple, devait, à l'origine, être publié par un grand éditeur français chez qui je publiais aussi d'autres livres. Un directe
ur de cette prestigieuse maison est intervenu pour en interdire la publication, sous prétexte qu'il trouvait choquant qu'un enfant blanc veuille devenir noir ! J'ai arrêté de travailler pour cet éditeur, l'éditrice a démissionné... Plus tard, j'ai publié le texte chez Bayard, en presse, dans Pomme d'Api. Le magazine l'a reproduit dans plusieurs hors-séries et traduit dans d'autres magazines de la filiale Bayard. Puis, au bout de cinq ans, j'ai récupéré les droits de ce texte pour le faire éditer en librairie par Rageot.
Aujourd'hui, les éditeurs n'ont plus peur de sortir ce genre de texte. Il y a dix ans, certains étaient encore frileux, par convictions personnelles et parce qu'ils pensaient que les parents des lecteurs pourraient être choqués.

   Il y a dix ans, en presse jeunesse, il fallait aussi être "lisse", représenter un africain si on racontait l'histoire d'un enfant français qui se rendait en voyage en Afrique, ou si on parlait clairement, de façon réaliste, d'un problème lié à l'immigration, au racisme.  Puis, un peu avant 2000 (l'effet Coupe du Monde, Black, Blanc, Beurre ?), la volonté de représenter les minorités a été mieux accueillie, demandée (timidement), même. Elle s'est géné
ralisée ou lieu d'être confinée à quelques exceptions.
    C'est en tout cas ce que j'ai ressenti de mon point de vue d'auteur.

   Sinon, les enfants aiment les personnages comme Nitou qui les transporte ail
leurs, dans un autre monde. Mais là, ce n'est pas "l'étranger" qui vient chez nous, c'est nous qui allons chez lui... C'est plus facile !!!
   Pour moi, Nitou représente le respect des différences. L'intégration (toujours selon moi) ce n'est pas demander à tout le monde de vivre de la même façon, c'est réussir à trouver des moyens, et des compromis, pour vivre ensemble, dans la diversité. Nitou n'a pas un style de vie qui correspond à ce que connaissent les lecteurs de la série, il ne peut donc pas servir de "modèle" (et c'est justement ce qui m'intéresse !). Pourtant, les enfants peuvent trouver dans ses aventures des parallèles, des sujets de réflexion, des valeurs, et donc s'interroger sur leur comportement, intégrer ces découvertes à leurs autres apprentissages...

   Le multiculturalisme peut nous apporter cette richesse, cette ouverture d'esprit, nous aider à évoluer dans le respect des autres et des différences, c'est à dire à réellement évoluer !
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Dédicaces



Dimanche 29 novembre 2009 à Montreuil sur le stand Rageot (11h00 et 15h30) et Flammarion (16h00-19h00)

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